Auto-entrepreneur ou SASU : quelle structure choisir en tant que freelance en France ?

Par Chambre Francophone · 09 sept. 2026 · 6 min de lecture
Auto-entrepreneur ou SASU : quelle structure choisir en tant que freelance en France ?

Si vous êtes freelance ou consultant en France, c'est généralement la première vraie décision à prendre, et contrairement au choix SAS ou SARL pour des projets plus importants, la réponse dépend vraiment de ce que vous comptez gagner et de la couverture sociale que vous recherchez.

Plafonds de chiffre d'affaires : la limite qui conditionne tout

La micro-entreprise (le régime sous lequel opèrent les auto-entrepreneurs) plafonne le chiffre d'affaires annuel à 203 100 € pour les activités de vente ou 83 600 € pour les prestations de services (plafonds 2026), ce qui couvre la plupart des consultants et freelances. Une SASU n'a légalement aucun plafond de chiffre d'affaires ; elle peut monter à plusieurs millions sans changer de structure. Si vous êtes certain de rester sous le seuil des services dans un avenir proche, cela seul ne vous oblige pas à trancher, mais si vous prévoyez de le dépasser, démarrer directement en SASU évite une conversion perturbante plus tard.

Charges sociales et couverture : simplicité du forfait ou protection complète façon salarié

Les auto-entrepreneurs paient des charges sociales forfaitaires de 12,3 % du chiffre d'affaires pour la vente, 21,2 % pour les prestations de services commerciales et environ 25,6 % pour les professions libérales (taux 2026) : simple, prévisible, et faible en début d'activité. Un président de SASU qui se verse un salaire est en revanche affilié au régime général de la Sécurité sociale, avec une couverture équivalente à celle d'un salarié : assurance maladie, congés maternité/paternité, et retraite complémentaire AGIRC-ARRCO. Cette couverture coûte plus cher en cotisations, mais elle est nettement plus avantageuse si vous comptez vous appuyer dessus sur le long terme.

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Régime fiscal

La micro-entreprise utilise un système simplifié : un abattement forfaitaire (71 %, 50 % ou 34 % selon le type d'activité) est appliqué avant l'imposition du revenu restant. Aucun suivi réel des dépenses n'est nécessaire, mais aucune déduction des frais réels au-delà de ce taux forfaitaire n'est possible non plus. Une SASU est soumise à l'impôt sur les sociétés (taux réduit de 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, 25 % au-delà ; voir notre guide sur la fiscalité des sociétés en France) et permet de déduire l'intégralité des frais professionnels réels.

La TVA : un seuil qui prend beaucoup de monde de court

Pour 2026, les seuils d'immatriculation à la TVA sont de 85 000 € (seuil normal) / 93 500 € (seuil majoré) pour la vente, et 37 500 € (seuil normal) / 41 250 € (seuil majoré) pour les services. En dessous, les micro-entrepreneurs ne facturent pas la TVA et ne la récupèrent pas non plus sur leurs propres achats, ce qui est simple, mais signifie aussi qu'il est impossible de récupérer la TVA sur des dépenses professionnelles comme du matériel ou des logiciels.

Rapidité de mise en place : un facteur loin d'être négligeable

Déclarer une activité en micro-entreprise est rapide et simple, souvent la même démarche, réalisée en une seule fois. Créer une SASU est une véritable immatriculation de société : statuts, dépôt du capital social, immatriculation via le Guichet Unique (voir notre guide de création d'entreprise). Davantage de démarches, mais la structure vers laquelle vous vous tournerez probablement de toute façon une fois le chiffre d'affaires en croissance.

Ce qui se passe quand un micro-entrepreneur dépasse un seuil

Les deux limites ne fonctionnent pas de la même façon.

  • Plafond de chiffre d'affaires. Un dépassement isolé ne fait pas sortir du régime. Vous en sortez seulement si vous dépassez le plafond 2 années de suite. Le changement s'applique alors au 1er janvier de l'année qui suit la deuxième année.
  • TVA. Si vous dépassez le seuil de base, vous facturez la TVA à partir du 1er janvier de l'année suivante. Si vous dépassez le seuil majoré, vous la facturez dès le premier jour du dépassement. Il n'y a pas de période de tolérance.

Tant que vous restez sous les seuils de TVA, chaque facture doit porter la mention « TVA non applicable - article 293 B du CGI ».

Trois points à régler tôt en micro-entreprise

  • L'impôt payé avec les cotisations. Avec l'option pour le versement libératoire, vous payez l'impôt sur le revenu en pourcentage du chiffre d'affaires à chaque déclaration : 1 % pour la vente, 1,7 % pour les prestations de services commerciales, 2,2 % pour les professions libérales. L'option est ouverte seulement si le revenu fiscal de référence de votre foyer, deux ans plus tôt, est inférieur à une limite (29 579 € pour une personne seule). Une nouvelle activité doit opter avant la fin du troisième mois qui suit celui de la création. Sinon, la date limite est le 30 septembre pour l'année suivante.
  • L'Acre. Cette réduction de cotisations en début d'activité n'est pas automatique. Elle est réservée à certains profils, par exemple les demandeurs d'emploi et les 18-25 ans. La demande se fait auprès de l'Urssaf dans les 60 jours qui suivent le début d'activité. Le taux réduit est égal à 75 % du taux normal, jusqu'à la fin du troisième trimestre civil qui suit celui du début d'activité.
  • La CFE. La cotisation foncière des entreprises n'est pas due l'année de la création. Vous devez quand même déposer le formulaire 1447-C-SD au plus tard le 31 décembre de cette année-là. Par la suite, vous en êtes exonéré quand votre chiffre d'affaires de l'année de référence n'a pas dépassé 5 000 €.

Deux choses à savoir sur le président de SASU

Le président de SASU est assimilé salarié pour la Sécurité sociale, à une exception près : il n'a pas droit à l'assurance chômage. Une assurance privée peut être souscrite à part.

Les dividendes sont une autre façon de sortir de l'argent. Un associé personne physique paie un prélèvement forfaitaire de 31,4 % : 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux. Il peut choisir à la place le barème progressif de l'impôt, avec un abattement de 40 %, dans sa déclaration de revenus annuelle.

Notre avis, sans détour

Si vous testez une activité freelance, que vous prévoyez de rester sous le seuil des services, et que vous n'avez pas besoin d'une couverture sociale façon salarié, la micro-entreprise est le point de départ le plus pragmatique. Si vous êtes déjà confiant dans un chiffre d'affaires stable et croissant, que vous voulez déduire vos frais réels, ou que vous recherchez la protection sociale d'un régime façon salarié, démarrer directement en SASU évite de payer une conversion plus tard.

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